(English Translation)

20. Les Dons des Fées

    C'était grande assemblée des fées, pour procéder à la répartition des dons parmi tous les nouveau-nés, arrivés à la vie depuis vingt-quatre heures.

    Toutes ces antiques et capricieuses Sœurs du Destin, toutes ces Mères bizarres de la joie et de la douleur, étaient fort diverses : les unes avaient l'air sombre et rechigné, les autres, un air folâtre et malin ; les unes, jeunes, qui avaient toujours été jeunes; les autres, vieilles, qui avaient toujours été vieilles.

    Tous les pères qui ont foi dans les Fées étaient venus, chacun apportant son nouveau-né dans ses bras.

    Les Dons, les Facultés, les bons Hasards, les Circonstances invincibles, étaient accumulés à côté du tribunal, comme les prix sur l'estrade, dans une distribution de prix.  Ce qu'il y avait ici de particulier, c'est que les Dons n'étaient pas la récompense d'un effort, mais tout au contraire une grâce accordée à celui qui n'avait pas encore vécu, une grâce pouvant déterminer sa destinée et devenir aussi bien la source de son malheur que de son bonheur.

    Les pauvres Fées étaient très-affairées; car la foule des solliciteurs était grande, et le monde intermédiaire, placé entre l'homme et Dieu, est soumis comme nous à la terrible loi du Temps et de son infinie postérité, les Jours, les Heures, les Minutes, les Secondes.

    En vérité, elles étaient aussi ahuries que des ministres un jour d'audience, ou des employés du Mont-de-Piété quand une fête nationale autorise les dégagements gratuits.  Je crois même qu'elles regardaient de temps à autre l'aiguille de l'horloge avec autant d'impatience que des juges humains qui, siégeant depuis le matin, ne peuvent s'empêcher de rêver au dîner, à la famille et à leurs chères pantoufles.  Si, dans la justice surnaturelle, il y a un peu de précipitation et de hasard, ne nous étonnons pas qu'il en soit de même quelquefois dans la justice humaine.  Nous serions nous-mêmes, en ce cas, des juges injustes.

    Aussi furent commises ce jour-là quelques bourdes qu'on pourrait considérer comme bizarres, si la prudence, plutôt que le caprice, était le caractère distinctif, éternel des Fées.

    Ainsi la puissance d'attirer magnétiquement la fortune fut adjugée à l'héritier unique d'une famille très-riche, qui, n'étant doué d'aucun sens de charité, non plus que d'aucune convoitise pour les biens les plus visibles de la vie, devait se trouver plus tard prodigieusement embarrassé de ses millions.

    Ainsi furent donnés l'amour du Beau et la Puissance poétique au fils d'un sombre gueux, carrier de son état, qui ne pouvait, en aucune façon aider les facultés, ni soulager les besoins de sa déplorable progéniture.

    J'ai oublié de vous dire que la distribution, en ces cas solennels, est sans appel, et qu'aucun don ne peut être refusé.

    Toutes les Fées se levaient, croyant leur corvée accomplie ; car il ne restait plus aucun cadeau, aucune largesse à jeter à tout ce fretin humain, quand un brave homme, un pauvre petit commerçant, je crois, se leva, et empoignant par sa robe de vapeurs multicolores la Fée qui était le plus à sa portée, s'écria:

    «Eh! madame! vous nous oubliez! il y a encore mon petit!  Je ne veux pas être venu pour rien.»

    La Fée pouvait être embarrassée; car il ne restait plus rien.  Cependant elle se souvint à temps d'une loi bien connue, quoique rarement appliquée, dans le monde surnaturel, habité par ces déités impalpables, amies de l'homme, et souvent contraintes de s'adapter à ses passions, telles que les Fées, les Gnomes, les Salamandres, les Sylphides, les Sylphes, les Nixes, les Ondins et les Ondines, -- je veux parler de la loi qui concède aux Fées, dans un cas semblable à celui-ci, c'est-à-dire le cas d'épuisement des lots, la faculté d'en donner encore un, supplémentaire et exceptionnel, pourvu toutefois qu'elle ait l'imagination suffisante pour le créer immédiatement.

    Donc la bonne Fée répondit, avec un aplomb digne de son rang: « Je donne à ton fils ... je lui donne ... le Don de plaire!»

    «Mais plaire comment? plaire ...? plaire pourquoi?» demanda opiniâtrement le petit boutiquier, qui était sans doute un de ces raisonneurs si communs, incapable de s'élever jusqu'à la logique de l'Absurde.

    «Parce que! parce que!» répliqua la Fée courroucée, en lui tournant le dos; et rejoignant le cortège de ses compagnes, elle leur disait: «Comment trouvez-vous ce petit Français vaniteux, qui veut tout comprendre, et qui ayant obtenu pour son fils le meilleur des lots, ose encore interroger et discuter l'indiscutable?»


20. The Gifts of the Fairies

    There was a great assembly of fairies, called to distribute gifts among all of the newborn infants who had come into the world in the last twenty-four hours.

    All of these antique and capricious Sisters of Fate, all of these bizarre Mothers of joy and of sorrow, were very different: some had a somber and sullen air, others a cunning and playful air; some were young, and had always been young; others were old, and had always been old.

    All of the fathers who believed in Fairies had come, each one carrying his newborn in his arms.

    The Gifts, Faculties, strokes of good Luck, and invincible Circumstances, were all piled up alongside the tribunal, like prizes on a stage at an awards ceremony.  What was unusual here was that the Gifts were not the reward for an effort, but on the contrary a favor accorded to one who had not yet lived, a favor that could decide his fate and could just as well become the source of his misfortune as of his good fortune.

    The poor Fairies were very busy, for the crowd of petitioners was large, and the intermediate world that is set between man and God is subject, like us, to the terrible law of Time and of its infinite posterity, the Days, Hours, Minutes, and Seconds.

    In truth, they were as flustered as ministers on a court day, or the employees of the municipal pawnshop when a national holiday permits people to redeem their pawned goods for free.  I even believe that they looked from time to time at the hands of the clock with as much impatience as human juges who, having sat since morning, cannot stop themselves from dreaming of dinner, of their family, and of their beloved slippers.  If there is a bit of precipitation and happenstance in supernatural justice, we should not be surprised if it is sometimes the same in human justice.  We ourselves would be, in this case, unjust judges.

    Thus, several errors were commited that day, errors that one might consider bizarre, if prudence rather than caprice was the distinctive and eternal trait of the Fairies.

    Thus, the power of magnetically drawing wealth was awarded to the only heir of a very rich family, who, having been endowed with no charitable feelings and with no cravings for the more visible goods of this world, would later find himself prodigiously burdened by his millions.

    Thus, love of Beauty and poetic Power was given to the son of a somber wretch -- a quarryman by profession -- who could not in any fashion succor the faculties or satisfy the needs of his deplorable offspring.

    I forgot to tell you that the distribution of gifts, on these solemn occasions, is without appeal, and that no gift can be refused.

    All of the Fairies rose, believing that their labors were done, for there were no more gifts left, no more bounties to throw to this mishmash of humanity.  Just then, a worthy man -- a poor little shopkeeper, I believe -- stood up and, grabbing the Fairy closest to him by her gown of multi-colored vapors, cried out:

    "Yoohoo!  Madame!  You're forgetting us!  There's still my little boy!  I don't want to have come for nothing."

    The Fairy might well have found herself at a loss, for there was nothing left.  However, she remembered just in time a law that was well-known but rarely applied in the supernatural world -- a world inhabited by impalpable deities, friends of man, who are often forced to adapt themselves to his passions, such as Fairies, Gnomes, Salamanders, Sylphids and Sylphs, Nixies, and Undines and Water-Sprites.  I am referring to the law that conceeds to the Fairies, in cases similar to this one, that is to say, in cases where all of the gifts are given away, the power to grant one more supplementary and exceptional gift, so long as they have sufficient imagination to create it immediately.

    So the Fairy replied, with a dignity worthy of her rank: "I give to your son ... I give him ... the Gift of pleasing!"

    "But pleasing how?  Pleasing ...?  Pleasing why?," the little storeowner demanded stubbornly, for he was undoubtedly one of those reasoners met with so frequently who are incapable of lifting themselves up to the level of the logic of the Absurd.

    "Because!  Because!," the angry Fairy replied, turning her back on him.  And, rejoining the procession of her companions, she said to them: "What do you think of that vain little Frenchman, who wants to understand everything and, having gotten the best gift of all for his son, still dares to question and dispute the indisputable?"

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