PAUPÉRISME.

    J'ai parlé des divers degrés et des diverses espèces de misère, et je n'ai rien dit encore du paupérisme.

    C'est que le paupérisme n'est point une variété de la misère; c'est la misère même, mais la misère transformée, la misère érigée en institution, c'est-à-dire ayant pris rang dans les institutions des peuples, comme condition, comme état, comme corps.

progressifs de la civilisation, se développant avec les développements de l'industrie, s'attachant comme une lèpre à la population toujours croissante; croissant avec elle et comme elle s'engendrant de lui-même, et prenant de nouvelles forces en marchant.

    L'existence simultanée et contemporaine de l'industrie et du paupérisme a fait croire à l'existence de secrets rapports entre l'industrie qui travaille et l'industrie qui mendie.

    D'autres rapports sont constatés ou établis entre le paupérisme et le luxe; entre le paupérisme et l'inégalité des conditions sociales; et l'inégale répartition des richesses; et le trop grand morcellement ou la trop grande agglomération des propriétés; et le principe de la population; et le progrès des lumières; et l'ignorance; et les impôts; et les salaires; et les machines, etc., etc.

    Ces rapprochements peuvent être vrais, mais je n'ai point à m'en occuper dans [p. 100] cet article.  Je dirai seulement ici que le grand tort des économistes est de se

    Le paupérisme est un fléau moderne, suivant les mouvements préoccuper exclusivement des intérêts matériels considérés comme les seuls éléments de la richesse ou de la pauvreté des individus et des nations.

    Pour eux, il n'y a qu'une misère à craindre, qu'une misère à combattre, la misère matérielle; pour eux, il n'y a qu'une richesse à espérer, qu'une richesse à acquérir, la richesse matérielle.

    Et cependant, il est une misère plus grande, la plus grande de toutes; il est une richesse plus précieuse, la plus précieuse de toutes: -- c'est la misère, c'est la richesse morales.

 
EN AVANT | EN ARRIÈRE | MATIÈRES (Pauvres.) (Tome IV) | HOME